Des commentateurs, à gauche, disent avoir du mal à comprendre l'appel de Michel Rocard pour un rapprochement PS/UDF.
Peut-être est-ce assez simple en fin de compte, si l'on retourne une quinzaine d'années en arrière...
La carrière politique nationale de Michel Rocard s'est terminée le 12 juin 1994, lors des élections européennes. Une fin qui fait penser à l'explosion d'un avion en plein vol, touché par un missile.
Alors premier secrétaire du parti socialiste, Michel Rocard choisit d'être tête de liste du parti socialiste aux élections européennes. François Miterrand, avec qui Rocard était en conflit permanent, décide de lancer Bernard Tapie au premier plan de la scène politique. Le président lui fait prendre la tête du Mouvement des Radicaux de Gauche, le MRG, et lui demande de constituer une liste pour les élections européennes, en concurrence avec celle de Michel Rocard. Le missile mitterandien anti-Rocard a fonctionné à merveille : le parti socialiste n'obtient que 14% des voix. Bernard Tapie, soutenu par Mitterand obtient 12%. On a surnommé Bernard Tapie le "missile anti Rocard".
A la suite de cet échec, Michel Rocard doit démissionner de son poste de premier secrétaire du PS. Il ne reviendra plus jamais sur le devant de la scène politique nationale, sans doute écoeuré des manipulations mitterandiennes. Il a échoué dans sa tentative de rénover le parti socialiste en le rendant plus réaliste, plus proche de l'économie de marché, et plus éloigné des utopies communistes. La carrière politique du "Tony Blair" français est terminée.
Ségolène Royal revendique l'héritage de François Mitterand. On la présente, ou elle se présente elle-même comme la fille spirituelle de l'ancien président socialiste. Comme François Mitterand, Ségolène Royal conserve les vieux dogmes d'une gauche d'un autre âge : interventionisme de l'état, rigidité du droit du travail, impôts élevés.
Et voici qu'un centriste (enfin on ne sait pas très bien s'il est à gauche avec Rocard, à droite comme le disent ses militants, ou au centre comme il le dit) constate que lorsqu'il lance des appels du pied à gauche, il monte dans les sondages. Il lance le message d'une "rénovation de la droite par la gauche".
Michel Rocard saute sur l'occasion, à une semaine du premier tour de l'élection présidentielle. Il annonce quasiment un soutien à François Bayrou. A-t'il voulu régler ses comptes avec la partie conservatrice du PS (la plus à gauche, la moins réaliste, la plus vieille), celle qui l'a fait exploser en plein vol ? Se venger de François Mitterand en assassinant sa "fille", Ségolène Royal ? J'incline à penser que oui. Ce serait très logique en fin de compte.
L'autre explication à cette intervention de Michel Rocard serait de sauver les meubles face à une défaite annoncée à l'élection présidentielle. Mais, défaite annoncée par qui, si ce n'est par les sondages ? Et le sondage CSA/ITélé/Le Parisien du jour attribue 27% d'intentions de vote à Nicolas Sarkozy, 25% à Ségolène Royal, 19% à François Bayrou et 15% à Le Pen. Au deuxième tour, les deux principaux candidats sont à égalité.
Donc non, la prise de position de Michel Rocard n'est pas destinée à sauver le soldat Royal, n'est-ce pas ?
Quant à François Bayrou, il n'a plus besoin de suggérer de supprimer l'ENA ou de fustiger les média pour que l'on parle de lui.
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UMP PS Bouffemont